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J’ai confiance en mon burn out !

Le récit qui suit est une fiction inspirée d’observations au sein d’entreprises et de témoignages recueillis en cabinet ainsi qu’en ateliers. Il met en évidence que le burn out participe d’un processus de changement et d'une recherche de solution que le corps et l’esprit tentent de mettre en œuvre. Il propose la perspective qu’ « aller dans le sens » de ce qui nous est donné à vivre à travers le burn out, nous permet de trouver les ressources qui nous manquent, bien davantage que le nier, l’engourdir ou lui tourner le dos.

 

Note : le mot « burn out » est ici employé comme vocable générique pour « souffrance psychique liée à l’activité de travailler »

 

Noam est sur son lieu de travail. Une collègue qu’il aime bien, Cathie, lui dit : « Dis-donc Noam, ton mail de ce matin, j’ai rien compris… tu sais plus écrire ou quoi ? Un doctorat en sciences sociales pour en arriver là ! C’est malheureux quand même... Nan, je rigooole ! »

 

Quelque chose se fige dans tout le corps et l’esprit de Noam. Il a chaud et froid à la fois, sa vue se brouille un peu, ses mains tremblent, sa gorge se noue : « C’est quoi ce vertige qui s’empare de moi ? Mes genoux flanchent, mes jambes ne me soutiennent plus ! Sa remarque n’était pas sympa, c’est vrai, mais ma réaction semble venir d’outre-tombe. Même Cathie se fout de moi ! Ça tourne, j’y comprends plus rien. Je ne me reconnais plus, moi qui étais si volontaire. Je ne sais pas quoi dire, ni comment me faire entendre. Je ne vois même pas tout à fait le problème alors qu’il me faut si urgemment une solution ! Tout s’effondre et j’ai mal ! J’aimerais que tout s’arrête, expulser ce mal-être qui me trahit… » Le burn out se déclare, Noam est sur un point de non-retour.

 

Félicitation Noam ! C’est un bon début pour aller mieux ! Quelque chose s’exprime à cet instant qui cherche depuis si longtemps à se faire entendre. C’était trop et s’est allé trop loin ! Qu’est-ce qui va trop loin ? Vous avez lutté contre un ennemi invisible et fourbe qui se loge dans les interstices de nos processus et nos relations de travail. Un bourreau sans visage qui fait porter la responsabilité de ses coups de poignards à personne et tout le monde à la fois. Son mode opératoire : le paradoxe. Les batailles que vous avez menées n’avaient apparemment pas d’adversaire et vous fuyez ce combat sans vainqueur et stérile. C’est sur un autre terrain que vous dirigez vos forces, pour vous ravitailler, panser vos plaies, rassembler vos troupes, penser un projet nouveau puis reprendre votre marche vers vos objectifs.

 

Noam travaille dans une entreprise de service depuis 10 ans, il connait et apprécie la majorité de ses collègues. Il est compétent sur son domaine d’expertise et a piloté plusieurs projets de manière honorable. Il connait bien ses managers et respecte les hommes et les femmes, même s’il ne comprend pas bien certaines décisions, certains changements de postures et ne voit pas de cohérence dans la stratégie managériale et opérationnelle de l’entreprise.

 

D’où vient donc cette pression que Noam sent monter en lui ? Pourquoi se sent-il enserré dans son corps et son esprit, piétiné dans sa légitimité et son honneur ? Il n’est pourtant harcelé par personne en particulier, il est considéré comme un parmi les autres, il n’a pas de traitement spécial de la part de sa hiérarchie ni de ses collègues…

 

Noam raconte : « L’ambiance n’est plus comme avant. Quand j’ai commencé chez TechAltitude Services, c’était l’aventure. Nos solutions de services étaient novatrices et nos savoir-faire à l’œuvre à chaque instant pour répondre aux besoins des clients, faire évoluer nos prestations, nos solutions logicielles, notre méthode d’intervention. Lorsqu’on partait sur une mission, l’équipe était soudée, on se faisait confiance, on était créatif. Peu à peu, le marché s’est tendu, nos solutions se sont banalisées aux yeux des clients, nos expertises aussi ! La croissance de l’entreprise nous a amenés à segmenter les équipes par pôle d’activité. C’est au moment du rachat de TechAltitude Services par le groupe GetmeOld que les choses ont vraiment changé. La rentabilité a commencé à être calculée par business unit, créant une concurrence entre les équipes dont la collaboration faisaient notre force il y a quelques années encore. J’ai commencé à être évalué sur ma capacité à appliquer des méthodologies plutôt que sur mes savoir-faire et mon engagement. Ma créativité doit maintenant se concentrer à rendre réaliste sur le terrain les promesses commerciales, plutôt qu’à accompagner les besoins de mes clients et co-construire des solutions. Mon rôle de management et de gestion de projet m’amènent à fournir tant d’indicateurs alors que l’entreprise ne me demande même plus mon avis sur les événements. Mes relations sont guidées par la raison et la prudence, plutôt que par l’intelligence collective et l’authenticité. J’ai pas signé pour ça moi ! Mais qu’est-ce que je peux faire ? C’est la tendance générale et c’est pareil à la concurrence. Est-ce que vraiment j’ai le choix ? »

 

Oui Noam, vous avez le choix ! Vous aurez toujours le choix, même si c’est parfois engageant et douloureux. Et c’est peut-être ce que votre confusion et votre angoisse sont en train de vous dire d’ailleurs. Votre corps vous rappelle à cette la réalité : vous vivez depuis longtemps une inflation de paradoxe au cœur de votre travail.

 

D’un côté, par l’exercice actuel de votre travail, vous êtes ce vendeur de rêves que réclame la vente d’un projet. Sur le terrain, vous êtes ce bricoleur de faux-semblants, ce traficoteur de qualité. Vous participez à cette mouvance conformiste et normative à travers l’application de méthodologies désincarnées et parfois inopérantes. Vous pratiquez une communication de stratège, protégeant vos mérites et dissimulant vos erreurs. D’un autre côté, dans votre for intérieur, vous êtes cet aventurier qui a cette capacité merveilleuse de mettre la technologie au service du travail d’hommes et de femmes. Vous portez en vous les valeurs du collectif, de la créativité, de l’honnêteté. Vous avez naturellement cette posture de responsabilité et ce goût du travail bien fait. Vous recherchez ce contact authentique avec vos collègues.

 

Ces deux modalités de vous-même s’excluent et coexistent à la fois, dans une cacophonie paradoxale.

 

L’évolution des circonstances économiques, sociales et culturelles de votre travail ont creusé un fossé de distorsion entre vous et votre posture au travail. Vous mettez en place des trésors d’imagination pour réduire les incohérences, en votre esprit et dans vos actions, dans une dépense d'énergie excessive. Tant de choses sont sous-entendues par les faits, les postures et les discours qui ne sont pas avérées, partagées et prises en compte collectivement. La complexité s’est habillée d’un tissu d’évidences et maintenant c’est le chaos pour vous. Toute votre énergie s’est longtemps focalisée sur le maintien d’une certaine cohérence de vos pensées et de vos émotions. Mais là, ça ne tient plus ! Vous ne voulez plus jouer à ce jeu ! Vous faites votre choix. Une partie de vous donne, à travers le burn out, l’argument décisif.

 

Votre environnement de travail a été la scène sur laquelle s’est joué un scénario personnel voire intime. Le burn out vous ramène vers cette réalité intérieure d’une manière bien rugueuse, c’est vrai ! Et pourtant c’est aussi une chance que vous vous offrez : au bout du processus, vous reprendrez les commandes !

 

Comme chacun de nous, vous cherchez au fond de vous un alignement, un équilibre entre qui vous êtes, ce que vous pensez, ce que vous ressentez et ce que vous faites. C’est vous qui en êtes le garant et le responsable pour vous-même. C’est parfois en faisant un pas de côté qu’il est possible de faire le point sur soi, sur ses aspirations, ses talents et ses choix… Vous allez restaurer en vous les ressources qui vous rendront votre part de pouvoir d’agir sur votre environnement professionnel et de mettre à jour votre zone d’influence. Prendre en considération ce qui vous fait souffrir aujourd’hui est un préalable au développement de votre sécurité et vos joies de demain. C’est en identifiant ce qui vous limite aujourd’hui que vous allez ajuster votre posture et votre investissement pour votre épanouissement futur. C’est en renouant avec la nature qui vous anime que vous développerez votre performance et votre utilité professionnelles d’une manière nouvelle et plus juste. C’est enfin en décryptant les paradoxes produits par l’entreprise à laquelle vous participez, que vous contribuerez à l’émergence d’une organisation du travail qui aide les hommes et les femmes à développer le meilleur d’eux-mêmes, pour leur épanouissement propre ainsi que pour la qualité des ressources mises à disposition du collectif de travail.

 

Alors, maintenant qu'il est là, ayez confiance en votre burn out Noam, il est votre meilleur guide !